
Eden perdu
Il est parti...
A quitté son monde stérile de bureaucrate affairé,
A empoigné son sac et ses rêves,
Devenus lancinants à force d'être seulement rêvés,
A pris la route, s'est glissé dans le vent,
A cueilli au passage le coquelicot fragile,
L'a planté dans les cheveux pour incendier son courage...
Il est parti...
Il s'ést accroché à ses pas pour ne pas trébucher,
Quand des pierres mauvaises ont blessé ses pieds fatigués,
Quand des fissures traîtresses lui ont barré le passage,
Quand des collines arides lui ont interdit le repos,
Quand des croisées de chemin lui ont imposé des choix difficiles...
Il est parti...
Il a respiré dans chaque cellule de son corps
L'air enfiévré des parfums et des audaces.
Il a avalé goulûment, d'une soif féroce
Les senteurs acres et les risques inouis...
Alors...
Alors il est arrivé au bout de son voyage.
Il a glissé tendrement sur le sable vierge,
Emerveillé qu'il était d'arriver premier voyageur
Sur une terre brûlante, envoûtante,
Obligé de survivre pour apprendre à mieux vivre,
Confronté à l'immensité de son désert intérieur...
Hélas, il a peu à peu oublié le chant ensorceleur
De la marche vers l'avant, de la Vie, de l'Amour
Il s'est peu à peu figé en une pierre immuable
Et même s'il s'est coulé dans un visage légendaire
Il a perdu son Eden, il a perdu son rêve
De voyager à jamais sur le fil du temps...
Avec toute mon amitié
Nicole Versailles